Aliénor Allah i Nour – Reines de lumière

De Alain Voirpy

2021
France

Ils en ont dit…

Ainsi, pour servir le propos textuel comme musical d’Alain Voirpy, Kristian Frédric et sa Compagnie des “Lézards qui bougent” proposent une mise en scène qui joue ouvertement sur la confusion (ou l’universalité) des temps. Aliénor, perchée sur un promontoire de huit mètres de haut, y est d’abord une pièce de musée du monde d’aujourd’hui. Un musée du Moyen-Orient, en l’espèce, comme pour ajouter à la collision temporelle une faille géographique, et opposer deux temps et deux mondes où la place faite aux droits des femmes peut sans doute être reliée par quelques similitudes. Où se devine déjà le propos quelque peu “militant” du livret de cet opéra, Aliénor prenant soudain vie et des habits modernes, en vient ensuite à devenir elle-même contemplatrice de musée, découvrant la longue (et inachevée) histoire de la lutte des femmes pour obtenir reconnaissance et égalité en droits dans le monde entier. Un jeu sur les temps et sur les lieux, donc, qui ne perd en rien le spectateur tant l’intention est claire : d’une période historique à une autre et par delà les continents (le personnage de Norah, guide de musée, faisant usage de lien), l’idée est bien celle de l’expression et de la matérialisation des combats d’une reine qui se trouve surtout être une femme. Combat contre la domination masculine, combat pour le droit à l’égalité des sexes et à la dignité, combat pour la reconnaissance de la force et du courage des femmes qui, si “elles ne partent pas à la guerre”, se trouvent en première ligne sur le front de l’éducation des enfants. Et l'opéra de se conclure par ces mots, résonant comme une prière : “Que les femmes ne soient plus asservies, reléguées, violées. Et que leurs enfants ne fassent la guerre que pour rire, en toute innocence”. À bons entendeurs…

Olyrix Par Pierre Géraudie

La réalisation scénique n’appelle que des éloges tant elle est bluffante (voir équipes techniques ci-contre). Le promontoire d’Aliénor dans le musée sert aussi bien de salle du trône, que de marche d’un temple où les visages de la spiritualité viendront couronner la reine de ses attributs. Les lumières et réalisation 3D qui peuplent ce décor marmoréen sont stupéfiantes, comme par exemple l’arrivée de l’ombre couronnée d’Henri II gigantesque et qui obscurcit tout le plateau avant que Jérôme Boutillier n’émerge du décor. Les costumes enfin émerveillent : ils évoquent aussi bien un Moyen-Age fantasmé par le public d’aujourd’hui, qu’ils représentent avec beaucoup d’ironie les visiteuses, voilées ou grimées en ados rebelles. Les actrices mobilisées pour l’occasion ont une présence scénique remarquable, au premier rang desquelles Marie Vanhonnacker qui interprète Norah, la jeune guide éprise de liberté et qui s’imaginera sous les traits d’Aliénor.

Forum Opéra Par Yannick Boussaert

Toutefois, il ne s'agit pas ici d'une reconstitution historique. Cette période sombre de la vie d'Aliénor permet de faire accéder l'œuvre à notre présent et à une universalité, grâce à un onirisme. L'onirisme est porté par la très belle esthétique de Kristian Frédéric, le décor et les costumes très beaux, et, bien sûr, la musique qui emporte.

Cette musique est chatoyante comme une moire magnifique aux aspects changeants selon les sentiments brillamment exprimés par les personnages. Outre Catherine Hunold en Aliénor, ce sont Jérôme Boutillier en roi Henri II puis Richard Cœur de Lion, Marie Vanhonnacker en Aliénor d'aujourd'hui. Le chœur de cinq femmes au chant épuré superbe, cinq vestales, amène une part de sacré, la soif d'élévation. 

Le Populaire du Centre Par Muriel Mingau

Le résumé

 

« L’action se déroule au croisement de multiples fractures temporelles, illustrant la permanence du combat mené par les femmes pour défendre leurs droits légitimes : Aliénor, au Moyen-Age, recluse dans un château en Angleterre, seule, face à son passé, ses démons, ses culpabilités, mais aussi aux frustrations de la reine, de la mère et de la chrétienne, Aliénor encore, aujourd’hui “prisonnière” d’un musée au Proche-Orient, mirage à l’occidentale dans un monde fanatisé par l’obscurantisme, Aliénor, enfin, contemplant à New-York le résultat de 8 siècles de luttes incessantes : une liberté admise, certes, mais qui reste à conquérir face à une humanité qui a trop oublié son passé pour nous convaincre, aujourd’hui, de sa sincérité. »
Dans cet opéra, volontairement lyrique, aucune retenue, aucun recul « politiquement correct », mais un engagement corps et âme pour cette femme qui veut simplement être ce qu’elle est, et non ce que son environnement veut qu’elle soit.

 

Représentations

Création Opéra de Limoges - 29 et 30 Juin 2021

Production

Opéra de Limoges

Co-production

Cie Lézards Qui Bougent Fabrik Théâtre Opéra

 

 

Équipe artistique

Musique :  Alain Voirpy
Livret : Kristian Frédric et Alain Voirpy
Direction musicale : Daniel Kawka
Cheffe de chant : Elisabeth Brusselle
Mise en scène : Kristian Frédric
Assistante mise en scène : France de la Hamelinaye
Scénographie et costumes : Marilène Bastien
Créateurs vidéo : Youri Fernandez et Soo Lee

vidéastes-plasticiens artistes associés compagnie Lézards Qui Bougent
Modelisation 3D, animation et VFX : Antoine Belot et Etienne Kawcjak-Wirz
Assistance 3D : Nikolas Makridakis
Simulation 3D : Nicolas Soquette, Poolpio
Lumières : Nicolas Descoteaux
Musicien, Sound-designer (Entrée spectateurs) :
Vincent Lorenzo, artiste associé compagnie Lézards Qui Bougent

Aliénor : Catherine Hunold
Richard : Jérôme Boutillier
Norah : Marie Van Honnacker
Madrigal de cinq chanteuses du Chœur de l’Opéra
de Limoges

Orchestre de l’Opéra de Limoges