ARLETTY, C'EST MOI

De Koffi Kwahullé

Mise en scène Kristian Frédric 

CRÉATION MONDIALE

PROJET 2020/21

Notes du metteur en scène

Ce sera une loge sur un lieu de tournage, quelque part en Europe. 

Face à nous est-ce Arletty qui se confie ou une actrice engagée pour l’interpréter ?

Cette position schizophrénique de l’acteur est un axe passionnant pour traiter de l’ambiguïté de cette femme dans le monde qu’elle a traversé. Arletty, femme affranchie, arrogante, prête à défier les plus hautes autorités pour imposer sa vision du monde libre, une Antigone moderne face à la petitesse du jugement, une féministe avant l’heure mais surtout une femme libre ! 

Cette femme hors normes n’a rien à envier à toutes celles qui plus tard vont se dresser face au despotisme masculin à travers le mouvement Me too. Elle choisira à qui elle appartient, à qui elle s’offrira, malgré la bienséance populaire : « Mon cœur est français, mais mon cul est international » lancera-t-elle à la vindicte prête à la lyncher. 

 

J’imagine un lieu du monde où l’on se prépare à interpréter, où l’endroit des confessions intimes résonne comme une prière. Dans ce monde clos, les pensées transformeront la poétique de l’espace. Une loge, un mur de pierre et des fulgurances visuelles qui s’inviteront dans cette déambulation de l’âme. C’est en découvrant l’endroit magique du Lavoir Moderne Parisien que l’espace scénographique s’est invité à moi. J’imagine demander à des plasticiens visuels d’inventer ce mur comme une matière vivante, transpirante, pouvant d’un seul coup nous transporter dans des imaginaires. Non pas un mur des lamentations mais un mur du désir et du souvenir, comme si l’un et l’autre étaient liés à tout jamais. 

 

J’entends aussi certains de ses chants, comme des comptines qui se seraient immiscées, malgré nous, dans nos mémoires. J’y vois une femme vibrante, entière, dressée, telle une sculpture de Giacometti. Je ressens une mère que j’aurais aimé connaître et qui aurait pu malgré la société vivre ses contradictions. J’y vois en fait tout ce qui m’anime depuis des années : Vivre et croire à nos rêves, malgré le jugement de quelques uns, détenteurs d’un pouvoir dérisoire, et si peu ancrés à regarder les beautés qui veulent éclore.

Qui d’entre nous sera Créon ? Il serait bien prétentieux de croire être à jamais préservé de l’être. Face à la pureté

de l’amour, même interdit, ne doit-on pas faire évoluer nos regards ?

 

Kristian Frédric

 

Résumé de l'auteur

Années 40. Une loge. Peut-être de tournage de film. Peut-être de théâtre. Arletty se prépare pour entrer sur le plateau de tournage ou en scène. Arletty se maquille et tout. Elle se confie à une présence invisible. Un.e journaliste. Un autre membre de la troupe. Un.e amant.e. Peut-être simplement le public. Elle se confie sur sa vie, sur tout. Fragments de vie. 

Mais Arletty, c’est moi ne se décline pas comme un biopic au sens strict, mais plutôt comme le portrait poétique d’un destin, celui de Léonie Marie Julia Bathiat (nom de naissance d’Arletty). Le portrait aussi d’une époque trouble de notre histoire récente. Un portrait qui nous entraîne jusqu’au seuil de la tragédie, au sens grec du terme. On ne peut penser à Arletty sans évoquer Antigone. Mais bien plus qu’Antigone, Arletty, par son amour sacrilège, n’oppose pas l’individu qu’à l’État, elle oppose l’ordre individuel à l’ordre national. « Mon cœur est français, mais mon cul est international ». Elle face à la nation.

Au fur et à mesure de la confession, quelques indices viendront troubler l’identité de la femme qui parle. Une fois maquillée et apprêtée pour le tournage ou le spectacle, on réalise que c’est une comédienne qui se préparait à jouer Arletty. Elle est devenue le masque : Arletty, c’est moi.

 

Koffi Kwahulé

Koffi Kwahulé / Auteur

 

Né en 1956 en Côte d’Ivoire, Koffi Kwahulé est à la fois auteur, essayiste, comédien et metteur en scène. Il a commencé sa formation à l’institut National des arts d’Abidjan, l’a poursuivi à l’école Nationale Supérieure des arts et des techniques du Théâtre de Paris (rue Blanche). Il a obtenu un Doctorat d’Études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle Paris III.

 

Il est l’auteur d’une trentaine de pièces, publiées aux éditions Lansman, Actes-Sud, Acoria et Théâtrales, traduites en une vingtaine de langues, et créées en Europe, en Afrique, en Amérique latine, aux USA, au Canada, au Japon et en Australie. Depuis janvier 2016, il est auteur associé au CDN de Montluçon dirigé par Carole Thibaut. Koffi Kwahulé est Chevalier des Arts et des Lettres.

 

Dès ses premiers textes apparaît une écriture forte, qui dynamite l’usage habituel de la langue : écriture charnelle, conçue dans la violence immédiate que peut avoir l’oralité dans sa dynamique de parole abrupte ; écriture musicale, obsédante, brûlante et saccadée comme un rythme enfiévré de jazz.

Traduites en plusieurs langues, ses pièces sont créées en Europe, en Afrique, en Amérique latine, en Amérique du Nord et au Japon. Les prix se succèdent, de Cette vieille magie noire (1993) aux textes plus récents : Jaz (1998), Big Shoot (2000) et L’odeur des arbres (2014). 

 

Ses oeuvres ont fait l’objet de maintes mises en scène dont les plus récentes sont notamment : Nema par Katarzyna Deszcz, (Teatre Nowy de Zabrze, avril 2018, trad. polonaise de Jan Nowak) ; Fidelio (Beethoven-Beckett-Kwahulé), par Tilman Knabe, (Theater Trier, septembre 2015) ; Brasserie (Bira Fabrikasi), par Kemal Aydogan (Moda Sahnesi d’Istanbul, mars 2015) ; P’tite-Souillure (Nestyda), par Tomase Stanka (H2O de Prague, mars 2015, trad. tchèque de Michal Laznovsky) ; L’Odeur des arbres par Isabelle Pousseur (Théâtre Océan-Nord de Bruxelles, février 2015) ; Misterioso-119, par Cédric Dorier (Théâtre Vidy-Lausanne, mars 2014) et par Laurence Renn Penel (Théâtre de la Tempête de Paris, mai 2014) ; La Mélancolie des barbares, par Sébastion Bournac (Scène Nationale d’Albi et Théâtre National de Toulouse, 2013) ; Blue-S-cat, par Inagaki Kazutoshi (Shinkoenji Atractors Theatre de Tokyo, 2014) et par Jacquelyn Landgraf (The Invisible Dog Art Center, Brooklyn, 2012) et par Kzutoshi Inagaki (Kissa Sadaiki de Tokyo, 2014) ; Brasserie, par Christophe Merle (Théâtre de Cahors, 2012) ;  Le jour où Ti’zac enjamba la peur, par Luc Rosello (Jardin de l’État de Saint-Denis de la Réunion, 2011) ; Les Recluses, par Denis Mpunga - Théâtre Varia-Bruxelles (Bujumbura et tournée internationale, 2009) ; Jaz, par Daniela Giordano (Teatro Palladium, Rome, 2007) et par Kristian Frédric (Théâtre Des deux mondes, Montréal, 2010); Big Shoot, par Michèle Guigon avec Denis Lavant (LMP, 2008 et Vidy-Lausanne, 2009) et par Kristian Frédric (Théâtre Denise-Pelletier, Montréal, 2005 et Usine C, Montréal 2006) et par la Compagnie Kobal’t (L’Orangerie, Genève, 2012) ; Bintou, par David Mendizabal (Harlem School of The Arts, New York, 2010), et par Boris Schoemann (Teatro del Estado de Xalapa, Mexique, 2011) ; La Dame du café d’en face, créée par Johan Heldenberg (Zuidpool Theater d’Anvers, 2004).

 

Il est également nouvelliste et romancier (Babyface, Ed. Gallimard, 2006, Grand Prix Ahmadou Kourouma, Monsieur Ki, Ed Gallimard et Nouvel an chinois, Ed. Zulma, 2015).

Grand Prix de Littérature Dramatique 2017 (Artcena) et Prix Bernard-Marie Koltès 2018 (TNS) avec L’Odeur des arbres (éditions Théâtrales). Il a reçu pour l’ensemble de son oeuvre le Prix Edouard Glissant (2013), le Prix Mokanda (2015) et le Prix d’Excellence de Côte d’Ivoire (2015).

Équipe artistique

 

Auteur                           Koffi Kwahulé

Distribution                     En cours

Mise en scène/

scénographie                 Kristian Frédric

Conception vidéo / 

univers Transmédia          Soo Lee 

                                   et Youri Fernandez

Concepteur sonore          En cours

Concepteur lumière

et regisseur                    Yannick Anché

 

Production

Producteurs : 

Cie Lézards Qui Bougent Fabrik Théâtre Opéra / Bayonne (64) 

 

Co-producteurs (à ce jour) : 

Cie Graines de Soleil - Le Lavoir Moderne Parisien (LMP) (01) / La Ville d’Anglet (64)

 

Autres partenaires (à ce jour) :

Le Toursky à Marseille (13)

Théâtre La Merise de Trappes (78) 

After Before - Pavillon 108 à Fumel (47)

I AM QUIET WITH YOU, 

MISTER KWAHULÉ

 

 

C’est à Marseille, au Théâtre Toursky, en 2000 que Kristian Frédric et Koffi Kwahulé se rencontrent pour la première fois. Kristian Frédric avait monté La nuit juste avant les forêts avec Denis Lavant et Koffi Kwahulé était venu voir jouer Denis Lavant, son ami comédien avec qui il a fait l’école de la rue Blanche à la fin des années 70. Kristian Frédric découvre l’écriture de Koffi Kwahulé avec Denis Lavant et crée Big Shoot au Théâtre Denise-Pelletier de Montréal en 2005, puis ce sera Jaz au Théâtre des Deux Mondes de Montréal en 2010.

 

***

Comment ne pas se souvenir de la première fois où j’ai rencontré ce boxeur des mots, cette baraque qui ferait peur à n’importe qui et pourtant qui avec sa bienveillance et son sourire vous rassure. On comprend, en connaissant Kwahulé, qu’il ait arrêté la boxe. Qu’il ait raccroché les gants et laissé son sac aux vestiaires. Mais son swing à lui, il l’a gardé et l’a mis dans sa langue. Cet homme qui en avait sans doute marre de prendre des coups gratuitement, s’est trouvé d’autres territoires pour placer ses enchaînements. Ce boxeur du verbe vous emporte, vous retourne, s’immisce en vous, et vous oblige à swinguer. Ses directs, crochets et uppercuts ne sont là que pour vous obliger à poser votre regard sur l’humanité, à devenir peut-être un peu plus humain. 

 

Car ce n’est pas le KO que cet artiste recherche mais la vigilance. Il fait partie de ces auteurs qui ne peuvent vous quitter quand vous avez franchi, même involontairement, les portes de leur imagination. J’ai souvent comparé l’écriture de Kwahulé à celle de Bernard-Marie Koltès, ces deux écritures me transpercent. Elles m’obligent à essayer de trouver des ailes pour affronter les enjeux d’une réponse. Car n’est-ce pas cela une mise en scène ? Une façon de répondre au poète ? « Qui n’a pas d’imagination n’a pas d’ailes » disait Mohamed Ali. 

 

Mais attention, un coup qui arrive juste à la pointe du menton, par exemple un uppercut, peut provoquer une perte de conscience immédiate. Le crâne relevé ainsi d’un seul coup, projette le cerveau contre sa boîte crânienne. Ceci peut occasionner une encéphalite traumatique, un KO immédiat et une perte d’imagination sans aucun doute ! 

 

Alors il faut avoir une garde haute et avancée, pour franchir les cordes et essayer de swinguer. J’ai empoigné deux fois l’écriture de Kwahulé : en 2005 avec Big Shoot et en 2010 avec Jaz. À chaque fois cela a été une traversée folle, une plongée enivrante au centre du cyclone et à chaque fois la rencontre a eu lieu à Montréal au Québec et non à Kinshasa au Zaïre . Car, il s’agit bien de monter sur le ring et d’encaisser comme un punching ball les violents coups du poète pour essayer enfin de danser avec lui.

 

Voilà pourquoi je reste fasciné par la boxe, un sport que j’ai pratiqué pendant plusieurs années. Il y a sur un ring une conscience totale de l’autre et, en même temps, un abandon absolu à l’acte du combat, une offrande suprême. Un boxeur, pour monter sur un ring, doit énormément s’entraîner et repousser ses limites ; sa récompense ultime est ce droit qu’il gagnera de tout remettre en jeu, y compris peut-être sa vie, durant au minimum deux minutes. 

Il y a quelque chose de similaire entre la scène – qui doit elle aussi se mériter – et le ring : l’engagement doit y être total et on doit y côtoyer et y défier la mort pour mieux comprendre et toucher la vie. 

La scène est un lieu périlleux. Y monter, c’est se confronter au vide, et c’est pour cela qu’il faut être prêt à y être généreux et à y prendre des coups. Travailler une langue comme celle de Kwahulé n’est pas sans danger. Ne pas le voir ou le pressentir est grave. Il vous emmène dans un univers qui vient directement secouer votre monde intime quoi que vous en disiez. Boxer avec sa langue demande un engagement total, dans lequel votre propre psychisme est souvent interpelé. Ce qui est vrai - je suppose - de tous les grands textes de théâtre.

 

C’est pourquoi j’aime travailler avec un Stradivarius, un Mohamed Ali – c’est pourquoi j’aime travailler avec Koffi. Quand un soir, un des acteurs atteint l’état de grâce tout en interprétant sa musique, je repense aux paroles de Mohamed Ali : « Float like a butterfly / Sting like a bee » (Voltige comme un papillon / Pique comme une abeille). 

 

Alors je suis tout simplement heureux et peut-être même un peu paisible. « I am quiet with you, mister Kwahulé ». Merci pour ces merveilleux combats que vous m’offrez.

 

Kristian FRÉDRIC

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