Opéra La Bohème de Puccini / 2021

à l'Opéra de Nice (France)

Les Flocons de neige des derniers souffles 

Liberté, jeunesse, excentricité, insouciance : le terme « bohème » évoque un style de vie bien particulier, une existence d’artiste imprégnée de fantaisie et d’amour sous toutes ses formes. Ceci étant dit, « Bohème » décrit tout d’abord un personnage « en marge » - en marge des codes et routines de la société bourgeoise. Ainsi, les protagonistes de La Bohème de Puccini marquent tant par leur extravagance passionnée que par le tragique fatum qui les livre à la solitude d’une mansarde isolée — une mansarde où l’on meurt sans laisser de traces. La phtisie, cette maladie qualifiée de « romantique » au XIXe siècle vient punir l’insouciance et la fragilité : « l’âge où l’on aime est aussi celui où l’on meurt » dira-t-on.

 

Les maladies « d’amour et de mort » ont traversé les âges et hanté les artistes dans leurs œuvres. Ces maladies ont toujours tenu un rôle ambigu dans la conscience collective, à la fois source de peur et de fascination. Or, s’il est une maladie de ce type encore bien présente dans l’esprit contemporain, c’est certainement celle du VIH. C’est par ces points de similitude et parce que les années SIDA ont été celles de notre génération que nous avons choisi de situer cette mise en scène de La Bohème dans les années 1990. C’est dans un local qui ne sera pas sans rappeler celui de la Factory de New York, que commencera et s’achèvera notre opéra.

 

Haut lieu de l’effervescence warholienne souvent qualifiée de « bohème pop », la Factory présentera ici toutefois des teintes brumeuses à la Fassbinder, et des éclairages inspirés par la Nouvelle Vague. Notre Warhol puccinien, entouré de figures à la David Bowie, Anna Karina, ou encore Godard, ne sera autre que Marcello, qui lui aussi sera malade. Car dans ce hangar, la mort rôde et frappe ceux, comme Mimi, qui se laissent aller au romantisme, à l’amour. Si certains on pu écrire que « Le phtisique est victime de son comportement » au XIXe siècle, la marginalisation des porteurs du VIH un siècle plus tard sera impitoyable : cette existence pointée du doigt, condamnée pour sa liberté sexuelle, artistique et sociale, Marcello la photographiera tout au long du drame, ancré dans un hiver omniprésent. Peut-être découvrirons nous, un jour, dans un Musée d’Art contemporain ses photographies : Les Flocons de neige des derniers souffles ?

 

Kristian Frédric

© 2017 par SD 
Créé avec Wix.com

6 ter avenue jouandin

64100 Bayonne

05 59 50 36 60

  • Icône social Instagram
  • Facebook Social Icon