Cavalleria rusticana i Pagliacci

Pietro Mascagni et Ruggiero Leoncavallo

2017
France
Bande annonce 0'59
Interview Daniele Callegari et Kristian Frédric 5'29

Ils en ont dit…


« Cinecittà à l'opéra - Si Godard a pu dire que « le cinéma est l’enfance de l’art », Kristian Frédric nous montre des enfants qui deviennent adultes, ou des adultes qui deviennent vieux, puisqu’avec lui, Cavalleria Rusticana et Pagliacci prennent place au même endroit, mais pas au même moment. « Les labours de la souffrance », comme l’écrit le programme, nous emmène donc dans le sud de l’Italie, au début des années 1950 avec l’opéra de Mascagni : les baraques sont en tôle, la mafia rôde toujours, la force des traditions résiste encore face à une jeunesse sans dessein qui ne peut que se jeter dans l’alcool et le sexe. Rebels without a cause, ces jeunes ont cédé la place, 28 ans plus tard, au peuple de Leoncavallo, qui a donné à la sourde révolte de leurs aînés une matérialité plus substantielle : les immeubles sont en béton armé, les références aux brigades rouges et à l’assassinat d’Aldo Moro recouvrent les murs, les amours se lient et se délient de façon ostentatoire – et Silvio est le fruit de celles, tragiquement conclues, de Santuzza et Turiddu. Si, résumé ainsi en gros traits, tout cela peut sembler caricatural, la direction d’acteur tourne le dos à la facilité : de ce foisonnement de détails, de zooms et de contre-champs rappelant encore et toujours l’acuité d’une caméra, les personnages ne sortent jamais écrasés, mais révélés, ou à tout le moins dessinés avec une précision que ne renieraient pas quelques grands réalisateurs. »

Forum Opera – Clément Taillia

« Grâce à la participation de nombreux figurants et à une direction des chanteurs et du chœur très poussée et d’un soin extrême, c’est toute une humanité grouillante et vraie qui prend vie sur la scène. On aime, on fornique, on souffre, on prie, on s’adonne aux petites joies de la fête ou de la boisson comme aux affres de la jalousie et du meurtre. Le souci de réalisme est poussé très loin ; Turridu est égorgé sur scène dans un geyser de sang tandis qu’une femme enceinte perd les eaux, une droguée fait une overdose très crédible, les bruits de démolition du bidonville se font entendre durant tout l’entracte. La vitalité et la crédibilité irriguent tout autant la représentation de commedia dell’arte au cœur de Pagliacci, où clowns, jongleurs et acrobates assurent le spectacle. C’est évidemment au cinéma néoréaliste italien de l’après-guerre que Kristian Frédric rend ainsi hommage, celui de De Sica, de Visconti, de Rossellini, du Pasolini de Mamma Roma, du Fellini de I Vitelloni ou de La Strada mais aussi au cinéma plus politique d’un Francesco Rosi sans oublier le formidable Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola. Et pour conclure ce spectacle très travaillé et réussi, c’est un générique de cinéma qui en déroule sur le rideau de fer tous les intervenants. »

ResMusica – Michel Thomé

« Quel passionnant voyage vers le sud de l'Italie est offert par l'Opéra National du Rhin avec le diptyque "Cavalleria Rusticana" de Pietro Mascagni et "Pagliacci" de Ruggero Leoncavallo. Cette nouvelle production mise en scène par Kristian Frédric et dirigée par Daniele Callegari éclaire ces deux opéras d'une lumière nouvelle mais sombre, par une approche unifiant les deux compositions comme une seule pièce, en deux parties intitulées « Les labours de la souffrance » I et II. »

olyrix – Henry Runey

« La mise en scène de Kristian Frédric, les décors de Bruno de Lavenère et la force émotionnelle de l'orchestre de l'Opéra ont conquis les spectateurs qui venaient pourtant d'assister au "meurtre" à coups de couteau en direct sur scène et sans fard, conformément aux règles de l'opéra vériste italien, de trois protagonistes. »

Le parisien 

« Absents de l’Opéra du Rhin depuis 30 ans, « Cavalleria rusticana » de Leoncavallo et « Pagliacci » de Mascagni y reviennent. Belle réalisation de Kristian Frédric qui transpose les deux oeuvres au XXe siècle, sous la direction musicale de Daniele Calligeri (...) Grande satisfaction donc sur le plan musical face à la conception volontariste de la mise en scène qui offre de son côté une vision imposante du spectacle.»

L'Alsace - Marc Munch

« Responsable d’une production très remarquée de Quai Ouest (de Régis Campo) ici-même en 2014, Kristian Frédric – un ancien assistant de Patrice Chéreau – signe une mise en scène d’une grande efficacité dramatique, en plongeant les spectateurs dans l’Italie des films néoréalistes de Fellini, Pasolini ou Risi, évoquée par Bruno de Lavenère à travers un impressionnant décor qui mue pendant l’entracte. Si Cavalleria est transposé dans un bidonville de la banlieue romaine des années cinquante, une barre de béton HLM des années soixante-dix la remplace dans I Pagliacci. Frédric a pris soin de jeter des passerelles entre les deux ouvrages ; il les unit d’abord par un titre qui s’affiche en grand sur le rideau de scène alors que le public s’installe : « Les labours de la souffrance, parties I et II ». »

Opera-online – Emmanuel Andrieu

Documentaire France 3-2'23

Le résumé

 

D’abord il y a Cavalleria rusticana

Nous sommes dans les années 1950 en Italie, dans le sud, où il fait chaud, où la lumière tranche et frappe les yeux, où la poussière de la terre s’élève.

C’est une histoire de fougue, de tempête des sens. Une histoire de corps, de nudité, de sexe et de brusquerie. Un monde de violence et de pauvreté. Ils vivent dans ce monde-là, nés dans ce bidonville qui se trouve en contrebas de la haute ville, celle des bourgeois et de la société bien-pensante.

Ce serait un bidonville construit au milieu d’une terre de rien et de nulle part, adossé à une église désaffectée. Ce serait comme chez Ettore Scola dans Affreux sales et méchants. Cela pourrait-être un mélange d’Affreux sales et méchants, de Mama Roma… La Rome de Pasolini, de Rossellini et de bien d’autres… Ce serait cette époque-là. Quelque chose d’un temps passé mais à la fois si proche.

On pourrait même imaginer être dans une esthétique de film noir et blanc, un faux noir et blanc où des sépias se dessinent aussi… où le rouge finirait par gagner. Au fond, quand on y pense, cela pourrait aussi bien être un barrio, une favela de la Havane, de Caracas, ou du Brésil… Ça resterait la même chose ! 

Et quand les larmes essaieront de panser les blessures, que Turiddu aura été exécuté par Alfio, expiant sa faute et stigmatisant ainsi le désespoir d’une jeunesse, l’on pourra remarquer que la terre s’abreuvera du sang versé.

Et puis il y a Pagliacci

Le temps s’est écoulé. Vingt-huit ans déjà. Une génération. Les bulldozers ont rasé le bidonville. La cité s’est transformée.

Nous voilà en 1978. On a construit des cités, des barres HLM, et ça a beau avoir changé, au fond, c’est la même chose, éternellement. Les pauvres resteront en dehors de la ville, visibles, contrôlables. 

L’Italie de l’époque est traversée par des troubles identitaires. En pleines années de plomb où les Brigades rouges luttent contre le système. Depuis plusieurs jours déjà, Aldo Moro, président de la Démocratie chrétienne, a été enlevé. L’ambiance est électrique et accentue le poids de la chaleur. 

La cité, elle, continue de vivre sous ce soleil de plomb. Au fond, rien n’a changé depuis vingt-huit ans. Les mêmes solitudes, les mêmes désespoirs, mais aussi la même force de vie qui vibre. Lieu cathartique où révélateur d’un malaise profond ? 

On remarquera que dans ce monde, la couleur est intervenue. Des couleurs un peu passées, un peu fatiguées, comme un vieux film non restauré. Seules quelques teintes vivaces traverseront l’espace, comme le rouge notamment là encore. Nous sommes dans un monde en distance avec le nôtre, mais pourtant toujours aussi présent.

C’est là qu’ils viendront, les saltimbanques, chargés eux aussi de leurs blessures et de leurs drames intimes. Et comme les comédiens dans Hamlet, sont le jouet de la tragédie que leur fait jouer le prince du Danemark, ce sont eux qui, par leurs drames personnels, réveilleront les stigmates du passé.

Mais tout cela n’est-il pas orchestré par un grand manipulateur, qui se délecte de la représentation qui nous est offerte ? 

Dossier de presse
Articles de presse

Notes du metteur en scène

CAVALLERIA RUSTICANA ET PAGLIACCI

LES LABOURS DE LA SOUFFRANCE

 

C’est un grand voyage que j’ai commencé à entreprendre à travers ces histoires où les hommes se heurtent à un monde de violence et de pauvreté, où seuls demeurent les sentiments exacerbés. Mondes desquels chacun voudrait s’extraire, mais, où chacun se noie inéluctablement. 

Pourrait-on parler de contexte ? Pourrait-on dire que ce sont les situations sociales qui provoquent tout cela ? Évidemment non ! 

Mais ce qui est certain, c’est que ces sociétés sont des accélérateurs de particules, qu’elles font ressortir au grand jour la désespérance des individus, leur impossibilité à pouvoir vivre leurs rêves, à s’extraire de ces communautés qui les étouffent. 

Les dés sont-ils pipés d’avance ? On oserait presque le dire. En cela, oui nous pouvons affirmer que ces sociétés créent des monstres, du moins laissent des terrains de jeu à la cruauté qui sommeille en chacun d’entre nous. 

 

Ce sont des photographies de la réalité quotidienne d’une certaine tranche de la population italienne des années cinquante et soixante-dix-huit. Deux générations qui vont se débattre sous nos yeux. Leurs souffrances vont creuser des labours dans la terre. 

Comme un champ garde en lui les stigmates du passage des hommes, cette terre gardera les traces du sang versé. 

Même si ces histoires sont d’un temps passé, elles résonnent encore tristement aujourd’hui. Comme Nan Goldin qui considère la photographie comme le médium idéal pour conserver des traces de vie, permettant ainsi de faire naître une deuxième mémoire. 

Mascagni et Leoncavallo tracent, grâce à leurs oeuvres, les labours de la souffrance d’une certaine tranche de la population italienne.

 

Vous trouverez, vous aussi, les sillons qu’ont laissés ces oeuvres en moi. Une façon de partager, de parcourir un bout de chemin ensemble. 

Ils n’ont de valeur que par ce qu’ils nous laisseront, que par le goût de la terre qu’ils feront naître dans nos bouches. 

C’est d’humanité que nous parlons, de ces moments qui nous renversent tous et nous plongent dans le vide. De cette jeunesse brisée, de l’éternel recommencement de la cruauté humaine. Du contexte qui exalte les fureurs. 

Et ce n’est pas le diable, qui s’invitera à la cérémonie, qui pourra me contredire !

 

Giacometti, disait que nous étions tous profondément seuls et que la poussière avait elle aussi son propre poids de solitude. 

C’est de cette poussière que naîtront ces deux histoires, pour questionner à nouveau notre monde. 

Turiddu, Lola, Santuzza, Nedda, Silvio et tous les autres, n’avaient-ils pas d’autres choses à vivre ? 

Mais comment arrêter ce processus de destruction qui se déploie et circonscrit la misère humaine ? 

De l’Italie d’hier aux cités de Caracas d’aujourd’hui, les stigmates sont toujours là. 

Aujourd’hui, c’est à vous de ramasser cette poussière laissée, pour que nous puissions ensemble commencer à créer notre histoire ! 

Et même si le diable satisfait conclura la représentation, ce sera à nous de le démentir !

 

Kristian Fredric

La production

 

Produit par l'Opéra national du Rhin - Strasbourg

Direction musicale Daniele Callegari
Mise en scène Kristian Frédric 
Décors Bruno de Lavenère
Costumes Gabriele Heimann
Lumières Nicolas Descoteaux 

 

CAVALLERIA RUSTICANA

Les Labours de la souffrance - 1ère partie

Paysannerie chevaleresque Melodramma en un acte 
Livret de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Menasci
Créé au Teatro Costanzi de Rome le 17 mai 1890

Santuzza Géraldine Chauvet
Turiddu Stefano La Colla 
Alfio Elia Fabbian
Mamma Lucia Stefania Toczyska
Lola Lamia Beuque

 

PAGLIACCI

Les Labours de la souffrance - 2e partie

Dramma en deux actes 
Livret du compositeur 
Créé au Teatro dal Verne à Milan le 21 mai 1892

Canio (Pagliaccio) Stefano La Colla
Nedda (Colombina) Brigitta Kele 
Tonio (Taddeo) Elia Fabbian 
Silvio Vito Priante 
Beppe (Arlecchino) Enrico Casari 

Chœurs de l’Opéra national du Rhin
Les Petits Chanteurs de Strasbourg

Maîtrise de l’Opéra national du Rhin

Orchestre philharmonique de Strasbourg

Casa Musicale Sonzogno, représentée par Alphonse Leduc Editions Musicales

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