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ÉPISODE 1 – L'EPOPEA DELL''ERASMUS, UN CORSARO DI CARAVAGGIO II - LE DÉPART DU PORT DE BAYONNE, OU COMMENT UN METTEUR EN SCÈNE REPREND LA MER VERS PAVIA

  • 6 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 déc. 2025

L'EPOPEA DELL''ERASMUS, UN CORSARO DI CARAVAGGIO II

Chronique de KRISTIAN FRÉDRIC

Octobre 2025



© Soolee


Bayonne dormait encore sous un voile bleuté lorsque je me présentai, sac de voyage sur l’épaule, au bord de l’Adour.

La ville, mon port d’attache, me regardait partir comme une vieille amie habituée à mes départs un peu extravagants, à mes quêtes artistiques menées comme des expéditions maritimes, à mes retours où je ramenais toujours — au choix — un manuscrit, une mise en scène, une épopée, ou un début de mal de mer.


Ce matin-là, il y avait dans l’air cette odeur de sel, de bois mouillé et de promesse qu’on ne trouve que dans les ports qui savent que leurs enfants repartent pour mieux revenir. Et moi, pirate des arts et corsaire du plateau scénique, je reprenais la mer. Une mer imaginaire, certes — mais qu’est-ce que la mise en scène sinon un vaste océan où chaque idée est une vague, chaque vision un phare et chaque répétition un coup de vent qui peut renverser ton navire ou le propulser vers des terres inconnues ?


Je partais pour cinq semaines en Italie, dans cette ville où j’avais déjà laissé quelques éclats de voix, quelques souvenirs et quelques verres de spritz : Pavia.Le Teatro Fraschini, ce bijou de Lombardie, m’attendait, et avec lui une question digne d’un grand opéra : Comment prépare-t-on une mise en scène dans une maison d’opéra italienne ?


Cette interrogation suffisait à réveiller en moi le vieux pirate érudit qui sommeillait toujours, prêt à lever l’ancre dès qu’on lui parlait d’art, de musique ou de nouvelles façons de naviguer sur les mers de la créativité. Car oui, j’avais cette soif-là : la soif des marins, des explorateurs, des artistes qui ne supportent pas de contempler trop longtemps le même horizon.

À Bayonne, en regardant l’eau frémissante de l’Adour, je ressentis un mélange d’excitation et de nostalgie.

Excitation, parce que retrouver Pavia c’était un peu comme revenir dans un théâtre intérieur que j’avais commencé à bâtir la première fois que j’y avais posé mes valises. Nostalgie, parce que chaque départ est une petite coupure dans la toile de nos habitudes, un souffle qui se glisse dans nos vies pour nous rappeler que rien n’est fixe, que tout bouge, tout évolue, tout appelle à être vécu.


Je me souvenais encore de mes premières aventures paviennes : les réunions artistiques où je ne comprenais pas encore toutes les nuances de l’italien technique, les répétitions où les chanteurs vous expliquent la vie en chantant, les cafés corsés qui réveillent les morts et les scénographes fatigués, les discussions infinies sur la lumière, la dramaturgie, la couleur d’un tissu, la hauteur d’une marche, la respiration d’un silence — bref, ce monde où tout est détail, et où le détail fait la magie.


J’avais hâte d’y retourner. Hâte de replonger dans cette langue qui roule comme une vague. Hâte d’entendre Francesco Nardelli m’accueillir d’un “Bentornato, maestro !” avec son sourire à la fois élégant et malicieux. Hâte de sentir la vibration de la scène, de voir les artistes répéter, de comprendre comment l’Italie fait naître un opéra — pas seulement avec ses savoir-faire, mais avec son âme.

Pourtant… Alors que je m’éloignais du port, un frisson étrange me parcourut. Une appréhension. Une ombre. Un souvenir.


Car qui dit “nouvelle épopée Erasmus+” dit parfois… retour des fantômes du passé. Et dans mon cas, le fantôme en question portait un plumage vert vif, un regard torve de marin ivre, et un goût prononcé pour les imprécations poétiques.


Roudoudou. Le perroquet le plus incontrôlable de la côte basque. Mon ancien compagnon de route. Mon fléau à plumes. Mon boulet de canon velu. Mon fidèle ennemi intime.


J’avais une petite appréhension — pour ne pas dire une terreur panique — qu’il surgisse de quelque part, criant “On ne quitte pas un perroquet comme ça, moussaillon !”


Mais non. Le port était silencieux. Aucune plume en vue. Pas de cris, pas de jurons, pas de menaces d’étripage.

Je soufflai. Je montai dans ma voiture. Le voyage pouvait commencer.Je repartais seul.


Enfin… c’est ce que je croyais.


 

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