ÉPISODE 2 – LE RETOUR DE ROUDOUDOU, OU COMMENT UN PERROQUET DÉJANTÉ SABOTE UN VOL INTERNATIONAL
- 6 déc. 2025
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L'EPOPEA DELL''ERASMUS, UN CORSARO DI CARAVAGGIO II
Chronique de KRISTIAN FRÉDRIC
Octobre 2025
© Soolee
Je me présentai à l’aéroport de Biarritz en homme libre : libre de mes pensées, libre de mon sac de voyage, libre de toute attache aviaire.
Je savourais la sérénité. Je marchais vers l’embarquement en me disant que cette fois, tout serait simple, clair, organisé : une mobilité Erasmus+ comme un ballet parfaitement réglé.
J’avais même acheté un petit manuel d’italien des métiers de l’opéra, histoire de ne pas confondre attrezzeria et focaccia, erreur que j’avais déjà commise à Pavia sous les regards consternés de trois techniciens et d’un chef d’orchestre qui s’était étranglé dans son expresso.
En attendant l’embarquement, je me laissai aller à un léger sourire. Je repensai aux anciennes aventures de Roudoudou. Ah… Roudoudou. Ce clown volatile, ce souffleur de chaos.
Je me revis courir derrière lui dans les ruelles paviennes, lorsqu’il avait décidé d’organiser une grève générale des pigeons de la Piazza della Vittoria pour protester contre l’usage abusif de miettes de focaccia rassis. Je me souvenais aussi du jour où, au Teatro Fraschini, il avait imité à la perfection le téléphone du régisseur pendant une générale, provoquant un chaos digne d’une farce baroque — lumières qui s’éteignent, rideau qui s’ouvre trop tôt, chef d’orchestre qui hurle “Ma che succede ?!” en battant des bras comme un flamant rose épileptique.
Et que dire du fameux épisode de la loge maquillage, lorsque Roudoudou, voulant se recoiffer pour “être digne de la postérité”, avait plongé tout son corps dans la poudre libre d’une soprano, ressortant blanc comme un fantôme de plumes en criant “Je suis la colombe du destin ! Tremblez, mortels !”
Oui, décidément, Roudoudou me manquait…Mais seulement d’un point de vue littéraire. Artistiquement, psychologiquement, logistiquement, nerveusement, il représentait un risque majeur pour la stabilité de mon séjour.
J’entrai donc dans l’avion, libre, léger, maître de mon destin.
Je posai mon sac sous le siège.Je m’assis.Je bouclai ma ceinture.Je fermai les yeux.
Et là, j’entendis :
— “Tu pensais VRAIMENT partir sans moi, scélérat ?!”
Je sursautai si fort que ma ceinture couina de protestation. J’ouvris les yeux. Je levai lentement la tête.
Dans le compartiment à bagages, entre une valise Samsonite et un sac à dos de randonneur, trônait…
ROUDOUDOU. Sourire carnassier. Plumes hérissées. Air triomphant. Regard de bête mythologique sur le point d’entamer un discours épique.
— “ On m’a pris pour un vulgaire bagaglio a mano, mais moi, je suis ton héritage, matelot ! TON OMBRE ! TON PASSÉ ! Ton destin est lié au mien comme une bouée à un navire en perdition ! ”
Je tentai :
— “Roudoudou… on avait dit qu’on se quittait bons amis…”
— “Bons amis ? Tu as essayé de t’enfuir ! Comme un lâche ! Un couard !
Une moule asthmatique !”
— “ Je… ce n’était pas une fuite, c’était une mobilité.”
— “ MOBI-QUOI ? Sache que les perroquets, eux, ne connaissent pas la mobilité : ils SUIVENT ! ”
Il se redressa, gonfla le torse, et lança : — “ Je suis Roudoudou, fils de Roudoulino, petit-fils de Roudoudonio, grande lignée des Plumes Infernales ! Aucun maître ne me quitte ! Jamais ! ”
Et il éclata de rire. Un rire démoniaque. Long. Trop long.
C’est précisément à ce moment que l’hôtesse de l’air arriva. Elle me regarda. Puis regarda le compartiment, où Roudoudou s’était instantanément figé, prenant la pose d’un bibelot inoffensif. Elle pencha la tête.
— “ Monsieur… tout va bien ? Vous parliez… au coffre à bagages. ”
— “ Non ! Enfin si. Mais pas vraiment. Enfin c’est… une répétition. ”
— “ Une répétition… d’opéra ? ”
— “ Oui. ”
— “ Et pourquoi criez-vous ‘moule asthmatique’ ? ”
— “ C’est… un terme technique. ”
Elle me dévisagea comme si j’avais ingéré un litre de rhum arrangé avant 8h du matin.
— “ Monsieur… vous êtes sûr que vous n’avez rien bu ? ”
Je n’eus pas le temps de répondre. Roudoudou, à voix basse :
— “ On est reparti pour un tour, capitaine… ”
L’avion décolla. Je compris que ma tranquillité venait de rendre l’âme.
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